Pays et capitale Mékong-Luang Prabang Vers le Nord Nam Ou De Vientiane à l'extrême Sud Fin

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Le Laos, pays au million d'éléphants, n'a aucun accès à la mer, mais il a le Mékong, frontière naturelle avec la Thaïlande et le Myanmar (ancienne Birmanie). Ce fleuve primordial pour le Laos est symbolisé par la bande bleue du drapeau national.
Un deuxième drapeau flotte au vent du fleuve c'est celui du Parti révolutionnaire populaire lao (parti communiste loatien)



Le disque blanc du drapeau représente la lune quand elle est pleine au-dessus du Mékong. Une autre signification veut qu'il soit le symbole de l'unité du peuple de ce pays pluriethnique.



 

 

 

A côté de l'éléphant, la fleur de frangipanier (Dok Champa en lao) est un autre symbole du pays.
“Dok Champa” est aussi une chanson qui flatte la beauté et le parfum de cette fleur. Tous les enfants l'apprennent dès leur plus jeune âge.
Le lien ci-dessous vous permettra d'écouter la jeune chanteuse et de voir l'orchestre des jeunes musiciens qui l'accompagne.

Dok Champa

 

 

 

Chaque 20 janvier le pays fête l'anniversaire de la fondation de l'armée indépendante du Laos. C'était en 1949. J'ai trouvé à Paksé une guirlande lumineuse qui a été accrochée pour souligner le 60 ème anniversaire.

 

 

 

Sabadee Vientiane !

J'ai du temps pour visiter de fond en comble cette capitale à échelle humaine car je n'aurai pas mon renouvellement de passeport avant deux semaines. Je me suis heurtée à la mauvaise volonté de la secrétaire du Consul et le Consul lui-même s'est montré très réticent.

Je sillonne la ville dans tous les sens. Je monte, descends, remonte les Champs Elysées, du Palais présidentiel à l'Arc-de-triomphe, je visite les plus beaux temples, les stupas, les musées. Je m'attarde sur les marchés. Je passe une matinée à l'ombre de la cafet de l'Institut Français. 37 °C c'est chaud ! J'écris des cartes postales, je cherche un atelier pour réparer mon ordi qui ne se recharge plus. Mon visa arrive à échéance, je demande une prolongation, j'obtiens un mois supplémentaire avec une facilité déconcertante pour 3 dollars alors que le site des Affaires Etrangères annonçait 3 dollars par journée supplémentaire. Il faut savoir rester zen...

Chaque soir j'assiste au coucher du soleil sur le fleuve. Je ne suis pas seule, tout Vientiane semble se donner rendez-vous ici. Je m'amuse des spectacles qu'offrent la Croisette locale. Course à pied, à vélo, marche rapide, promenade, cours de zumba et les nombreux stands du marché de nuit.
Jamais je n'avais vu un soleil en costume rose ou orange. Spécialité du Laos ? Jusqu'à l'extrême sud je retrouverai ce spectacle sur les rives du Mékong.
Je ne me prive pas de jouer avec cet astre merveilleux : je le jette dans une poubelle en pneu recyclé, le pose sur une selle de vélo, dans une panier, dans le coeur d'une fleur, sous un abat-jour en guise d'ampoule, sur une branche d'arbre parmi d'hétéroclites objets décoratifs... Je le photographie avec des passants qui passent, avec le paramoteur qui tente de le capturer dans le réseau des fils de sa voile ou avec l'avion qui l'approche dangereusement... Ah ! S'il y avait Icare. Photo du siècle assurée ! J'aime le voir scintiller dans l'eau tandis que les pêcheurs relèvent les filets avant de rentrer chez eux à bord de leur pirogue à moteur ou à rame. Parfois c'est le soleil qui joue avec moi. Il se transforme, se cache et soudain, se dissout dans la brume qui flotte au-dessus du fleuve.

Un soir après m'être assurée que le soleil est bien au bout de la main tendue du roi Anouvong, je remarque la présence de la lune. Pas encore pleine mais assez grosse pour engager un drôle de jeu : jeu de paume ou jeu de lune ?

 


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Aventure nautique 1 Descente du Mékong jusqu'à Luang Prabang

C'est le 6 février 2014 que je quitte la Thaïlande pour le Laos. A Chiang Khong, il suffit de passer le pont. Sur l'autre rive il y a Huay Xay. Nous avons embarqué sur une de ces grandes pirogues qui attendent les touristes. Nous, un groupe de trois personnes qui est devenu une joyeuse colonie de douze francophones, emportée par la verve de Berthe la québécoise et par l'adresse créative de Purna, un Népalais qui initiait les passagers du bateau à l'art du macramé. Deux journées pour descendre le fleuve tranquille à cette période de l'année jusqu'à Luang Prabang, au milieu de paysages superbes et une nuit dans un village bondé de restaurants et de guesthouses qui se remplissent le soir et se vide le lendemain matin. Rien d'authentique si ce n'est l'absence d'eau et d'électricité.

 

 

 

 

 

A Luang Prabang le groupe se délite peu à peu, chacun part vers une destination différente.


Je retrouve la chaleur dans cette sympathique petite ville. A pied, à vélo, il y a toujours quelque chose à découvrir : les berges ombragées du Mékong et de son affluent Nam Khan, les marchés du matin, les maisons du début du XXe siècle, époque de la colonisation et toujours les temples bouddhistes et leurs Bouddhas assis, couchés, debout.

 


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Au détour d'une rue, quand vient midi, on trouve toujours une spécialité locale ou du pays voisin à goûter. Et pour se désaltérer, des bols de vitamines, délicieux jus de fruits tropicaux, ou encore des boissons venues de très très loin.

Voici la recette ou presque de ce qu'on pourrait appeler rouleaux de printemps.

Clic sur l'image pour voir les autres étapes jusqu'à la dégustation


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Le soir, la ville se retrouve au grand marché de nuit et aux premières heures du jour les touristes se massent sur l'itinéraire de la procession des moines en quête d'aumônes. Je n'ai pas voulu me mêler aux nombreux curieux braquant leurs flashes comme si cette cérémonie religieuse était une manifestation touristique. D'ailleurs lisez en cliquant sur l'image réduite :



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Après trois jours ici et là et jusqu'au sommet du mont Phousi, je décide d'aller visiter le nord du pays jusqu'aux confins de la Chine. Oudomxay, Phongsaly, Hat Sa. Des heures interminables de bus inconfortables à la mécanique incertaine, sur des pistes poussiéreuses et accidentées. Cependant rien de pire que la traversée boueuse des montagnes équatoriennes afin d'arriver au Pérou, l'année passée.

Je reviendrai à Luang Prabang le Le 21 février, après la descente de la Nam Ou. La route de Nong Khiaw à Luang Prabang traverse des paysages superbes. Depuis le début du mois la température a grimpé. Les ombrelles sont de sortie, à pied ou en moto.

 

 

 

 

 

Les berges du Mékong et de la Nam Khan sont rafraîchissantes. Et cette fois je m'aventure sur la passerelle en bambou, passerelle provisoire car vite emportée en saison de pluie. Elle est reconstruite chaque année d'où le péage à chaque passage. Sur l'autre rive les petits villages d'artisans se succèdent. Je m'attarde devant l'habileté et le travail magnifique des tisseuses.

 



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Vers le Nord : Oudomxay, Phongsaly



Les rencontres sont nombreuses cette année. A peine ai-je quitté Luang Prabang seule, que je rencontre dans l'autocar pour Oudomxay un couple de Français. Nous nous retrouvons le soir à l'heure du repas, le matin au petit déjeuner. Un autre Français de retour du Vietnam se joint à nous. Nous échangeons nos plans, nos expériences, des conseils, nos moments agréables et ceux qui le sont moins. Plus tard, sur le chemin de Phongsaly, je croise un autre couple de Français. Il se trouve que notre projet est le même et notre âge sans trop d'écart. Nous resterons ensemble les douze jours suivants.

J'ai vécu à Oudomxay une aventure extraordinaire. Partie le matin à pied vers Ban Fan, un village à 8 km de la ville, je me suis fait "enlever" sur le chemin de retour, à Ban Bor, le village où le matin j'avais admiré l'adresse des tisseuses.
Une sorte de hangar, musique à tue-tête, tables couvertes de victuailles et de beerlao (bière locale). Des appels, des gestes, des rires et sourires. J'approche. Aussitôt je me retrouve avec un verre de bière dans la main et devant moi une variété de plats (riz, porc grillé, serpent en sauce...) et petits verres d'alcool de riz. La mamie m'apporte une chope d'eau chaude. Je suis comme un moine recevant des offrandes. Des mains armées de baguettes me mettent directement la nourriture dans la bouche. Devenue experte dans l'art du maniement des baguettes, je pioche ici et là. Tout est bon, délicatement parfumé comme toute nourriture en Asie. La jeune-fille de la famille parle anglais et sert d’interprète car les questions fusent de toute part. Ils sont tous là assis en face de moi, contents de me voir goûter à tout. Je serais bien restée jusqu'au lendemain dans cette ambiance chaleureuse, moi l'étrangère accueillie comme une amie.

 

 




Partis d'Oudomxay au point du jour, arrivée à Phongsaly à la nuit tombée.
Près de 10 heures pour franchir les 225 km qui séparent les deux villes.

 

 

Quand on voyage dans les pays sans grandes ressources, on ne regarde plus la vétusté des bus, ni les pneus qui s'essoufflent sous le poids des matériels qui s'empilent sur le toit. Le chauffeur s'appliquait à rouler lentement et s'arrêtait régulièrement pour ajouter huile, eau... jusqu'à la casse d'une pièce essentielle à quelques kilomètres du but. Un magnifique coucher de soleil est venu nous remercier pour notre attente patiente.

 

 

 

Phonsaly et son environnement sont peuplés de nombreuses minorités ethniques. Souvent des peuples ayant fuit leurs pays. Le Yunnan (Chine), le Myanmar et le Viet Nam tout proches. La ville elle-même comprend un quartier chinois.
Lors d'une longue balade à pied dans la campagne, nous croisons des villageois partant aux champs ou au marché, revenant chargés de bûches, de monceaux d'herbe. Les femmes en costumes traditionnels avec des coiffes sophistiquées. Quelques échanges difficiles avec ces minorités qui ont un langage propre et que notre bonjour en laotien provoque des rires.
Les Chinois des temps modernes sont revenus dans la région. Ils construisent un barrage sur la rivière Ou. Ils déplacent les montagnes, ils installent de véritables villages en dur pour leurs ouvriers. Un incessant va-et-vient de camions monstrueux soulève la poussière que rien n'arrête. Plus un arbre, plus une touffe d'herbe. Des ornières et la terre réduite en poussière. Je n'ose imaginer le chemin après la pluie.

Un trek de deux jours nous emmène chez les Akhas à travers la jungle. Nous arrivons le soir dans un village à l'heure où les habitants se rassemblent autour des différentes fontaines pour une toilette glacée en plein air. Les femmes en jupe, les hommes en slip, les petits tout nus. Chacun à tour de rôle. La mousse blanchit les têtes brunes. La brosse à chiendent n'a pas fini de frotter. Après le linge, c'est au tour des jambes et des pieds. Le moindre grain de poussière amassé sur les chemins doit disparaître.
Nous sommes bien loin des circuits touristiques si bien que les jeunes enfants se mettent à pleurer en voyant ces étranges étrangers. En revanche, les plus grands nous offrent des démonstrations de courses en cerceaux et de joie de vivre. Je trace une marelle au sol et montre le jeu bien vite imité par les fillettes.
Le chef nous accueille dans sa maison pour la nuit. Nous partageons avec lui le repas du soir, le thé, l'alcool de riz et le regardons fumer sa pipe en bambou, sorte de chicha nord africaine, cousine de la pipe à opium ?
Dans ces villages on n'est pas chef de père en fils. Le chef est élu démocratiquement par les hommes et les femmes âgés de 18 ans au moins.
Dès le crépuscule, les bruits se taisent, les rues se vident, les cochons noirs se noient dans la nuit sous les pilotis avec les canards, les volailles dorment perchées ici et là, quelques chiens rôdent autour des tas d'ordures encore fumants. De fugitives lueurs dansent dans les maisons sans électricité. La vie s'endort. Silence profond jusqu'au point du jour comme si la brume qui s'accumule étouffe tout.

 

 

Les gens d'ici CLIC
Pour Phongsaly et son environnement CLIC

 

 

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Aventure nautique 2 descente de la rivière Ou

La lune est encore toute ronde dans le ciel,
la brume s'effiloche au fond des vallées,
le soleil entame sa course vers le zénith,
le mini bus attend les passagers pour Hat Sa.
C'est là avec quelques autres personnes
que j'embarquerai dans une petite pirogue.
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La descente de la Nam Ou (rivière Ou) fut un moment inoubliable. Beaucoup moins confortable, mais tellement plus variée que la descente du Mékong. Passages de rapides (aspersion assurée), proximité des rives et donc des villages avec les troupeaux de vaches ou de buffles immergés jusqu'au mufle mais aussi la proximité des pêcheurs. Bateau-bus qui s'arrête ici et là pour prendre ou laisser les autochtones chargés de provisions ou de matériaux. Bateau seule distraction à la curiosité des enfants, rêve d'ailleurs.

 

 

Humour, jeux de mots... CLIC

 

 

Muang Khua, Muang Ngoi, Nong Khiaw, trois jours de navigation, trois gros villages où il fait bon vivre. L'électricité n'arrive encore dans les petits villages qui longent la rivière et le seul contact avec l'extérieur reste le bateau. Les villageois installent parfois des génératrices rudimentaires, simples dynamos dans le fil du courant.

 

 

Muang Khua est construit de part et d'autre de la rivière. Tout autour des collines où se cachent des hameaux. Nous marchons longtemps sur la piste qui grimpe à travers la jungle pour enfin dénicher l'un d'eux. Un moment de plaisir partagé avec les enfants et même avec quelques adultes. Les écoliers sont prêts à partir pour l'école, mais auparavant ils aident à charger le camion de ballots de rameaux séchés qui deviendront des balais. Un tout jeune, effrayé devant ces deux européennes trop blanches, se dissimule derrière sa mère et refuse le biscuit que je lui tends.

Clic



  

Muang Ngoi, à l'heure où tout dort encore, la cloche en bois du temple résonne. Les moines se préparent à sortir. Tout au long de la rue principale du village, des habitants agenouillés les attendent avec des offrandes. En échange, ils recevront des prières.

La cérémonie terminée, l'animation commence. Les fumées s'élèvent, les petits déjeuners cuisent dans la rue, les arachides grillent... Le métier à tisser est actionné, le rouet embobine les fils, les flammes lèchent les marmites dans lesquelles l'alcool de riz se concentre... L'unique voiture est décapée à grands coups de karcher pour laisser la place à la poussière ocre qui ne tardera pas à la recouvrir...

 

 

 

 

Le relief karstique de Nong Khiaw a offert d'immenses grottes aux habitants. Autant de refuges durant la guerre du Vietnam. Tout le village vivait à l'abri des bombes destinées au pays voisin mais qui arrosaient aussi le laos !

 

 

 

 

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La quête des moines

 

 

Sur la Nam Ou, les bateaux font la navette. Le soir à l'heure où les rayons de soleil descendent derrière les pitons rocheux, de nombreux villageois viennent laver ou se laver dans l'eau courante. Petits et grands et même les buffles. La nuit tombe, le village s'endort peu à peu. Seuls les coqs s'escriment à chanter en pleine nuit. Quant aux obus de la guerre du Vietnam, ils poursuivent leur repos rouillé en guise de décoration ou de mémoire. Important, ne pas oublier !

Plus possible d'atteindre Luang Prabang en bateau et bientôt la navigation sur la totalité de la rivière ne sera plus qu'un rêve évanoui. La Chine dans sa fièvre d'expansion construit un immense barrage dans l'extrême nord. Déjà la première partie de la descente est interrompue. Un songthaew (taxi collectif ouvert) se charge de transporter personnes et matériaux sur 9 km dans un nuage de poussière.

 

 

 

Après deux jours à Luang Prabang, le 23 février je reprends la route. Il est temps de rejoindre Vientiane pour la raison indiquée plus haut. La route magnifique est longue. Arrivée de nuit. A cette heure les guesthouses affichent presque toutes complet. Presque car au Vientiane Backpackers, près du Mékong, en plein centre ville, il reste quelques lits en dortoir. Un seul me suffit, je le garde 17 jours.

 

 

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De Vientiane à Si Phan Don

Le 12 mars, passeport d'urgence en poche, j'abandonne la grande ville pour les petites localités coloniales le long du Mékong : Tha Khek, Savannakhet, Paksé. Pas grand chose à y faire si ce n'est quelques balades à vélo à la recherche de maisons coloniales françaises et le soir aller prendre le frais au bord du fleuve à l'heure où le soleil se plaît à se coucher en rouge ou en rose. Un soir, alors qu'il venait de disparaître comme à son habitude à l'Ouest, la lune s'est montrée à l'Est toute ronde et parée de lumière dorée. Instant magique.

 


Savannkhet, du soleil à la lune

 

 


Depuis Tha Khek, la Thaïlande se reflète dans le Mékong

 

 

Dans ces petites villes délaissées par le tourisme, il est difficile de trouver une guesthouse, encore plus dur de dénicher un vélo à louer et le soir si vous voulez manger après 19h, vous resterez sur votre faim.

A Tha Khek, j'ai rencontré Lamsé. Elle pratique, l'acupuncture dans sa jolie maison et possède deux vélos qu'elle loue. Deux VTT. Voilà qui est bien pour aller à Tham Pha Fa, visiter la grotte des Buddhas, à 17 km de là.
Il est déjà midi (Lamsé est très bavarde. Que dire de moi !). C'est loin, il fait très chaud et très sec. Je n'ai pas, comme les gens d'ici, mon parapluie contre les rayons puissants du soleil. Ma bouteille d'eau s'épuise vite. Pour me restaurer, je compte sur les marchands ambulants qui ne manquent pas autour des sites touristiques. Le plan est parfait, je trouve facilement l'embranchement après 8 km de route goudronnée. La piste ocre traverse un paysage karstique où pointent ici et là des pitons. Les dolines ne contiennent plus qu'une mince couche d'eau verdâtre. Une maison... un peu d'ombre... je m'arrête. Une dame assise à même le sol est penchée sur un tour rudimentaire. Elle fabrique de petits objets coniques que je retrouverai dans les sanctuaires des environs. Encore 4 km. Les falaises se rapprochent. Je distingue à présent les trous qui donnent accès aux grottes. Certaines ont été habitées durant la guerre du Vietnam. Celle de Pha Fa contient 220 statues de Buddha. Des minuscules et d'autres plus imposantes. "No photos !" annonce le panonceau à l'entrée du passage voûté. Pas d'écriteau pour mettre en garde "baissez la tête, courbez le dos". "Put your shoes... Put your shoes... Put your shoes..." Papiers collés dès la dernière marche du long escalier.
Le retour fut épique. Tiraillée par la faim et la soif, menacée par de gros nuages noirs qui arrivent au galop en tambourinant, je passe en mode surmultipliée jusqu'au moment où d'horribles crampes... C'est la mise à pied. Me voilà transformée en statue. De l'autre côté de la route à quatres voies, j'aperçois une marchande de jus de canne à sucre. Du sucre, de l'eau, des glaçons. Voilà ce qu'il me faut. Après un quart d'heure et plusieurs tentatives je parviens enfin à mettre un pied devant l'autre et traverser le trafic. Un pack, deux packs, il fallait bien ça pour me sustenter et arriver à remonter sur le vélo pour couvrir le dernier kilomètre avant la guesthouse.

 

 

 

 

A Savannakhet, j'ai fait une belle rencontre. Alors que je visitais un temple de la ville, un vieux moine, pas plus haut que trois pommes, s'approche de moi et me dit "Vous êtes Française" ! Je sais que de temps en temps je parle seule - rarement hors de la maison. Ma nationalité n'est pas inscrite sur mon front. Aucun guide à la main... C'était sans savoir que cet homme avait 18 ans en 1939. Il a connu la colonisation française, il a combattu aux côtés de nos soldats durant la deuxième guerre mondiale. Il ne rate jamais une occasion de parler le français. Il a pu répondre à certaines de mes interrogations sur le bouddhisme. Son grand âge n'a pas altéré sa mémoire ni son esprit.

 

 


Que fait cette jolie fillette ? Pour le savoir, chatouillez-la avec le pointeur !

Ensuite cliquez

 

 

La route n°13 qui suit le Mékong depuis Vientiane est belle et ne présente aucune difficulté. Reposant après les trajets montagneux du Nord. Les 239 km qui séparent Savannakhet de Paksé devraient se boucler en 3 h 20 minutes, sans compter les arrêts programmés et imprévus. 8 h du matin, les portes des soutes à bagages fermées tant bien que mal, le bus, si lourdement chargé que les pneus fatigués semblent souffrir, s'ébranle. La route est bonne, le chauffeur conduit lentement. 9 heures arrêt ravitaillement. Des femmes s'approchent des fenêtres avec brochettes, oeufs durs, fruits, coeurs de lotus, eau ... Autant d'en-cas pour la route. 10 min, pas plus, nous reprenons l'allure de croisière si lentement qu'on pourrait compter les tours de roues. Soudain une explosion, une secousse suivie d'un nuage de poudre banc. Pas de panique le bus est déjà arrêté. Nous descendons. Un pneu éclaté.

 

Nous sommes à 191 km du but. Il est presque 10 heures, nous avons parcouru 48 km. Le soleil darde ses rayons. Chacun tente de trouver un bout d'ombre au pied d'un mur, au pied d'un unique arbre maigrichon.

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Longue réparation provisoire. La définitive aura lieu quelques kilomètres plus loin chez un garagiste. Tout près de là, un bar est pris d'assaut. Une petite marchande arrive avec des paniers et des filets pleins d'où s'échappent un ensemble de stridulations. La Provence au Laos ! Ca grouille, des petites pattes se glissent entre les fentes des bambous. Une aubaine pour elle et pour les affamés qui la dévalisent en un temps record. J'ai mangé des insectes et des larves grillés, mais des cigales vivantes non merci. Il faut les voir adultes et jeunes enfants ôter les ailes et ingurgiter l'animal !


 

Partis au petit matin de Savannakhet, nous arrivons à Paksé à la tombée de la nuit. La rue principale est un immense chantier. Le pont français qui enjambe la rivière Xedon est fermé. Bruit, poussière, boue. Une guesthouse au bord de l'eau, un restaurant indien !
Une journée pour faire le tour de ville, les rives du Mékong, le grand marché d'où un bus m'emmènera demain à Champassak.

 

 

 

 

Depuis Paksé les opportunités de visites sont nombreuses : Champasak, le plateau des Bolovens, Si Phan Don (les 4000 îles).

 

Pour Champasak village, je prends le bus qui part du grand marché, il ramène les villageois chargés de provisions introuvables chez-eux ou délestés de leurs produits vendus. Seule étrangère parmi les ménagères locales.

Les maisons de Champasak s'échelonnent de part et d'autre de la route. Le Mékong et ses marécages, que le fleuve laisse lorsqu'en saison sèche il retourne dans son lit, ne sont pas loin.

Je suis venue ici pour le Vat Phou, un groupe de constructions édifiés à différentes époques (du Vème au XVème siècle) et qui mêlent l'architecture khmère et la religion hindouïste. Plus tard le bouddhisme laissera sa touche.

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A Champasak, j'ai découvert une association culturelle, le théâtre d'ombre, qui a pour but de faire redécouvrir les arts traditionnels aux gens du pays. Le premier soir j'ai assité au spectacle de marionnettes. Au pied de l'écran les musiciens accompagnaient les scènes de musiques traditionnelles laotiennes sur des instruments d'un autre âge.

Le lendemain ils étaient encore là pour donner plus d'éclat à "Chang", film muet et en noir et blanc de Merian C. Cooper, réalisateur de King Kong.
L'association a sa page facebook : Théâtre d’Ombres de Champasak ATOC ainsi que d'autres pages web pour ceux qui voudraient en savoir plus.

 

 


Toutes les images peuvent être agrandies : CLIC

 

Et maintenant allons à Phou Kao, au temple, pas sur la montagne qui n'est pas sans rappeler la forme d'un "linga" de Shiva. La source que l'on dit sacrée prend naissance sur le flanc de la montagne et coule, intarrissable, jusqu'au site.

 


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Allons-y, à vélo ou à dos d'éléphant blanc. CLIC pour la galerie

 

 


 

De Champasak (Bassac autrefois), par un jeu de mini-vans et de bateaux on arrive dans les 4000 îles (Si Phan Don). C'est ici :

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux cartes peuvent être agrandies CLIC

 

 

 

 

 

Et voilà le Mékong qui prend ses aises. Il enfle, s'abandonne, s'étale et quand soudain un de ses bras se trouve entraîné dans un défilé rocheux, il s'emporte, bouillonne, tourbillonne, et nous offre dans un bruit d'enfer un spectacle de cataractes digne des chutes d'Iguazu. Rien de tel pour stopper les bateaux de commerce et de transport de matériel militaire. Quelle tuile ! Comment contourner cet obstacle ? Construisons un train disent les Français installés en Indochine. C'était en 1893. Le train ne fonctionne plus depuis belle lurette. Les locomotives, la française et la japonaise, dorment sur leur piédestal. La voie n'est plus ferrée, c'est maintenant un chemin empierré pas facile à emprunter sur un mauvais vélo.
Parmi ces îles, j'ai choisi Don Khône pour séjourner. Peu de bruit. Quelques petites motos, quelques pirogues et le soir à l'heure du bain les rires des enfants s'élèvent joyeux depuis le pied du pont des Français. La nuit tombée c'est le calme absolu. Même la petite bête qui vient manger ma savonnette le fait en silence.

Pour les visites cliquez sur les flèches

 

 

 

Des 4000 îles, quand le bus part à l'heure et ne musarde pas en cours de route, il est facile de prendre une correspondance pour le plateau des Bolovens. Hélas, le bus est arrivé beaucoup trop tard. Si tard qu'il n'a pas pris la peine de terminer sa course jusqu'à la gare routière de Paksé. Il s'est arrêté à l'entrée de la ville. Tant mieux, ce désagrément a permis de former un petit groupe sympa. Nous voilà maintenant cinq (quatre Français et une Suissesse)

 


Les Bolovens 1200 m d'altitude, un peu de fraîcheur la nuit pour dormir, de la chaleur le jour pour profiter des baignades dans les nombreuses cascades. Tad Lo, Tad Fan, Champee. Cette dernière est magique. On monte sur un radeau. Une corde nous permet d'atteindre la chute, de la traverser et de se promener derrière le rideau d'eau !

 

Tad Fan


Tad Hang


 

 

 


Tad Lo, Tad Fan, Tad Hang et Champee sont là CLIC

 

 

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Fin

Le tour du Laos est terminé. Un pays rude, avec des gens réservés - je n'irai pas jusqu'à dire taciturnes - des enfants qui ne sourient pas facilement et qui ont souvent une ride profonde entre les deux sourcils. Des contrées perdues dans la jungle où les tout jeunes éprouvent une certaine crainte devant les étrangers. Je pense que la guerre du Vietnam qui les a arrosés de bombes a laissé des traces profondes. Néanmoins dans son dénuement, la population reste accueillante. J'ai ressenti beaucoup de douceur et de chaleur.

Le monde moderne est là. Les paraboles s'ouvrent largement vers le ciel, les téléphones portables font bon ménage avec les tenues traditionnelles et les écrans plats diffusent leur lueur bleutée à travers les planches disjointes des habitations. Et quand le réseau électrique tarde à arriver, des turbines de fortune puisent dans les cours d'eau l'énergie nécessaire.

Un pays qui ne laisse pas indifférent, qui se laisse aimer. Un avis général parmi les voyageurs rencontrés.
Je regretterai le khao niao (riz collant), (stiky rice in english), cuit à la vapeur dans de petits paniers en bambou tressé, les délicieux jus de fruit de Vientiane, les ice coffe et les superbes couchers de soleil au-dessus du Mékong.

Le 27 mars je quitte le Laos pour la Thaïlande. Minibus jusqu'à Ubon et train de nuit jusqu'à Bangkok. 610 km, 7h43, 650 bth (environ 15 euros). La couchette est confortable, j'ai choisi celle du haut, la literie est impeccable, belle nuit un peu chaude avec juste quelques ventilateurs le long de la partie centrale du wagon.

Quelques jours dans la capitale thaï avant de poursuivre vers Bali via Kuala Lumpur.

J'ai mis dans cette galerie les inclassables, ce qui vole, qui sent bon, qui se mange....

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Créé le 17 novembre, 2014
Modifié le 17 novembre, 2014

Laos 2014, Mireille Jeanjean. Les textes et les photos édités sur ce site sont la propriété de l'auteur.... sauf exception avec auteur cité
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