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Février 2008. Une deuxième incursion dans l'Ouest : Ambo, Wenchi et un chemin long et poussiéreux pour rallier Shashemene. Aucun regret dans ces quelques mots. L'aventure, c'est l'aventure !


Dans la piscine d'Ambo, à la tombée de la nuit.
 

Ca s'est décidé très vite. Et si avant notre trek dans le Balé, on faisait un détour par Ambo et le cratère Wenchi ? Petit coup de fil à l'agence locale et en début d'après-midi, Sultan passe nous prendre. Notre ravitaillement est près, le matériel aussi. Ambo n'est qu'à 130 km d'Addis, la route est bonne. Nous serons à temps pour plonger dans la piscine avant la nuit.

Et quelle piscine !

Vous est-il déjà venu à l'idée de vous baigner dans de l'eau minérale gazeuse, genre Perrier ? Pensez-vous que cela soit possible ?
Me croirez-vous si je vous dis que dans un pays pauvre comme l'Ethiopie, il y a une piscine d'eau minérale ?
Eh bien oui, à Ambo, région volcanique, comme presque partout dans le pays, une source chaude et gazeuse jaillit. L'eau est mise en bouteille mais comme il n'y a pas d'approvisionnement autre, elle est aussi mise en piscine et arrive tiède et légèrement pétillante aux robinets ! Je n'ai pas vérifié tous les robinets de la ville, mais à l'hôtel Ambo Ethiopia, c'est ainsi.

La piscine est un grand bassin rectangulaire, simplement creusé dans le sol, sans revêtement particulier. Certainement quelques projections de béton pour empêcher la terre de se mêler à l'eau. Avant de se déverser dans le grand bassin, l'eau passe dans deux vasques taillées dans le roc. Sorte de jacuzzi. Quand on sort de là, reposé, délassé, on se trouve recouvert d'une myriade de petites bulles ! On se sent encore plus léger et c'est tellement rigolo.

 

Chute de la rivière Gouder
 

Des sources thermales, ce n'est pas ce qui manque en Ethiopie. Le cratère Wenchi, près d'Ambo, regorge de cette eau venue des profondeurs de la terre.
Mais avant de partir pour Wenchi, un petit détour vers les eaux vives de la rivière Gouder, celles qui cascadent de barrières basaltiques en barrières basaltiques, formant ici et là des vasques où le bétail vient se désaltérer et les habitants du coin se laver et laver le linge.
Le cadre est joli, un sentier descend dans un vallon boisé où les oiseaux s'ébattent entre sol et branches : amarante pointée, cordon-bleu, bulbul, tisserin, guêpier. Toujours cette variété impressionnante d'oiseaux en Ethiopie. Sur l'autre rive, parmi les rochers, des sortes de gros rats, peut-être des damans, batifolent. Le reste, il faut l'imaginer ou revenir à la saison des pluies. En ce début février, seuls, deux petits filets d'eau coulent.



Passez le pointeur, trouvez le camping , regardez !
 

Le temps s'écoule vite et une longue route nous attend, puis une piste qui grimpe à flanc de volcan, et nous voilà au bord de la caldeira. Du haut des 3300 mètres d'altitude, notre regard plonge sur le lac de cratère, ses îles, ses villages, sa végétation luxuriante griffée de zones ravinées.

D'abord, un passage obligé au bureau du Wenchi Eco-Tourism Association (WETA), groupement mis en oeuvre par GTZ, entreprise internationale de coopération pour le développement durable avec le monde entier. Intéressant, non ?
Pour en savoir plus : http://wenchi-crater-lake.com/about.php

Après nous être acquittées des droits d'entrée et autres formalités, nous amorçons la descente. Quelques centaines de mètres sur une piste épouvantable, effrayante. Mieux vaut être à pied. Arrêt sur une crête, la vue embrasse un large panorama. Le guide nous montre les deux camps : l'un isolé sur les hauteurs, l'autre au bord de l'eau. Nous choisirons le haut.

     


Ibis sacré


Ibis caronculé

 

 


Corbeau corbivau

 

 


hagenia abyssinia

 

 

Nous sommes restées deux jours dans l'enclos de l'ancien volcan. Tantôt sur les pentes escarpées ou sur des presqu'îles ombragées de genévriers géants, tantôt sur les rives du lac ou dans la vallée des sources chaudes parmi vaches, chevaux, moutons qui paissent paisiblement dans l'herbe épaisse et tendre des pâturages en permanence arrosés par un réseau de ruisselets. Toute cette eau ira gonfler la tumultueuse rivière Gibé (Rivière autrement connue sous le nom de Omo; nom qu'on lui donne quand elle aborde le sud).

Le paradis serait-il ici ? Les ibis sacrés ponctuent de blanc le tapis verdoyant, l'ibis caronculé (endémique celui-ci) fait bon ménage avec les mammifères. Deux moulins utilisent la force de l'eau pour faire tourner la roue qui broie les céréales. L'eau arrive par de rudimentaires aqueducs en bois. Les Romains ne sont pas descendus aussi bas en Afrique !

Malgré la vaste étendue d'eau, on ne verra pas d'oiseaux pêcheurs car le lac n'abrite aucun hôte. Pas de poissons, quelques insectes seulement pour amuser d'intrépides canards. Les eaux riches en fluor sont néfastes à la vie aquatique. En revanche, les gens ont des sourires éclatants.

Est-ce les bienfaits de l'eau ? Un air particulier ? Il est dit que la maladie n'existe pas dans ce coin de pays. Les habitants se soignent en s'immergeant dans les trous d'eau bouillonnante et de boues chaudes. Les grappes de fleurs roses de l'Hagenia Abyssinia offrent un vermifuge de qualité… Une jeune fille, rencontrée près de la source sacrée, affirme avoir été guérie d'une grave maladie contractée alors qu'elle était étudiante à Addis-Abeba. Depuis elle s'est fait nonne, a créé un monastère et vit là avec deux autres sœurs et un frère. Pour tout revenu, la vente de vêtements confectionnés sur d'antiques machines à tricoter.

Très croyants les Ethiopiens et respectueux des interdits et des obligations de leur église. Lieux de cultes et monastères poussent comme des champignons. Le pays est partagé à peu près également entre musulmans et Chrétiens orthodoxes (rien à voir avec les orthodoxes grecs ou russes ou même l'Eglise copte). Cela dit, il n'y a pas de tiraillement entre les religions. Les gens vous diront qu'ils sont Ethiopiens avant tout.

Après une première journée idyllique, loin des bruits de moteurs et des fumées noires d'échappement des villes, nous avons passé la nuit dans notre tente, isolées de tout, sur un terrain en pente surplombant le lac et loin du village. Un jeune berger nous a apporté du bois pour le feu et son grand frère nous a aidé à installer le foyer. Hélas les pâtes chinoises achetées à Addis étaient immangeables. On s'est contentées de café au lait et pain sec. En revanche les corbeaux corbivau, (corvus crassirostris, endémiques au gros bec et tache blanche sur la tête) ont aimé ce repas et n'ont rien laissé à la petite souris qui toute la nuit a gratouillé autour de la tente, espérant quelques miettes en tentant une intrusion en force dans nos sacs.

Evidemment notre camping n'avait rien des standards européens. Pas de sanitaires, pas de bar-restaurant ou autres superettes. Une cabane en branches et toit de paille pouvait, à la rigueur, nous servir de repli en cas de pluie. Pas de gardien, pas de barrière de protection. A la place du luxe nous avons goûté le calme, la douceur, la paix, même si le terrain pentu n'était pas favorable à un excellent repos. Le replat de la crête était balayé par un fort vent.
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C'est notre chauffeur (éthiopien qui plus est) qui a été inquiet toute la nuit... pour nous ! Il nous a accueillies le lendemain avec force accolades et soulagement. "You are strong !"

En parlant d'accolades, les embrassades éthiopiennes sont exceptionnelles et particulières. D'abord on se serre la main en ayant soin de tenir l'avant-bras droit dans la main gauche. Ensuite, pas de joue contre joue, mais épaule contre épaule. Droite-droite, gauche-gauche. Je pense qu'il y a des règles, presque des rites selon le degré de parenté... J'ai vu un jour deux personnes se rencontrer et cette fois s'embrasser sur la joue. 1er personne : 1, 2, 3, 4 bises à répétition sur la même joue. 2ème personne idem. Ensuite on change de joue et on recommence. Ca dure une éternité !

 

 


L'île

 

 


Accueil de l'ambassadeur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lendemain matin, par un sentier abrupt, dans la poussière, (pire ! la poudre de terre, la farine ultra tamisée !) nous avons rejoint la rive du lac. Une pirogue nous attendait pour nous conduire sur l'île au monastère. Il devait y avoir une cérémonie en l'honneur de la visite de l'ambassadeur américain. L'ambassadeur est arrivé, la cérémonie a été annulée. Nous nous sommes entretenus avec cet ambassadeur et avons admiré son aisance à communiquer en amharique et en oromo.
Hélas nous n'avons pu visiter le monastère, ni voir la cloche de Gondar qu'il conserve précieusement entre ses murs ou hors les murs. Il y avait bien une cloche dans un clocher de fortune, à proximité, sous un toit en bois. Personne n'a réussi à accorder ses violons, chacun apportait un son de cloche différent. Allez savoir quand personne ne sait.

En revanche le curé nous a invitées, mon amie et moi, à goûter du miel dans sa maison et a souhaité se faire photographier avec chacune de nous.

 

Nous serions bien restées pour partager le repas avec tout ce beau monde, hélas deux longues journées de piste nous attendaient avant d'atteindre notre prochaine découverte : les montagnes du Balé.

 

Le lac
Au premier moulin
   
Deuxième moulin
La source sacrée
La vallée des sources chaudes

 

         

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  Ethiopie 2006-2007-2008. Mireille Jeanjean. Les textes et les photos édités sur ce site sont la propriété de l'auteur...
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