Quand j'entends ou quand je vois le mot Villèle, viennent à moi des images, des mots emmagasinés dans ma mémoire depuis l'enfance. Violence, torture, mort, servilité, propriété de l'homme par l'homme... Des mots qui vont à l'encontre de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, du respect de l'être humain quel qu'il soit. Des mots qui écrasent, qui blessent même ceux qui sont étrangers à cette période et à ces régions du monde où a sévi l'esclavage.

En allant à l'île de La Réunion, en visitant Villèle, j'en ai appris un peu plus sur ces colons qui ont assis leur fortune sur la sueur, le sang, la souffrance, la vie de ces captifs serviles qu'ils considéraient comme des êtres inférieurs.

C'est ainsi que j'ai découvert la famille Desbassayns, leur immense propriété. 800 esclaves étaient attachés au domaine. La plupart d'entre eux travaillaient dans le sucre (les plantations et la sucrerie), dans les glacières, notamment celle du Maïdo et d'autres travaux domestiques. Quand on visite le site devenu musée, on est frappé par les documents qui dénoncent la violence, les mauvais traitements de ces hommes et de ces femmes arrachés à leurs pays pour venir travailler dans des conditions inhumaines.

 

Une série d'articles visant à réprimer les abus et le mauvais traitement des Noirs et mettre fin à la traite négrière était consignée dans un Code Noir.
Une version promulguée par Louis XIV en 1685. Une autre version du code édictée par Louis XV paraît en 1723. C'est celle-ci que consulte Mme Desbassayns dans la sculpture de Marco Ah-Kiem.
En fait le code n'a pas été interprété dans le but d'améliorer la condition des esclaves.

 


 

 

Cliquez agrandissez

 

 


Le 20 décembre 2008, j'étais à La Réunion et j'ai pu assister à la fête commémorative qui marquait les160 ans de l'abolition de l'esclavage.
C'était le 20 décembre 1848, près de 8 mois après l'abolition effective en France. Pourquoi si tard ?

Lorsque le 27 avril 1948, l'esclavage est définitivement aboli, un vent de révolte agite la communauté des propriétaires comme lors de la première abolition en 1794. Après de long mois de palabres, un décret quelque peu modifié a été accepté qui met fin à l'esclavage sur l'île Bourbon qui devient alors La Réunion.

Ce jour-là, Monsieur Sarda Garriga, commissaire de la République, affiche la déclaration. Le texte commence par ces mots :

" Mes amis.
Les décrets de la République française sont exécutés : Vous êtes libres. Tous égaux devant la loi, vous n'avez autour de vous que des frères."

Le site "mi aime a ou", cite la proclamation dans sa totalité et expose d'autres documents concernant l'esclavage à La Réunion.

Les documents

La déclaration de Sarda Garriga

Dans leur album "Bato Fou", le groupe Ziskakan déclame en partie cette déclaration avant de commencer la chanson qui s'intitule "Sarda".

 

 


 

 

"La cloche y sonne quand y'arriv' midi" Ziskakan

 


C'est au début du XVIIIe siècle (en 1717) que les planteurs de café font venir des esclaves d'Afrique et de Madagascar. Plus tard, devant l'importance de la production, ils firent venir des esclaves de Pondichery, à l'époque colonie française de la Compagnie des Indes orientales. On en fit venir aussi du Sénégal et du Mozambique. En cent ans, 80 000 personnes furent ainsi déplacées et employées comme main d'oeuvre servile.

Certains de ces esclaves parvenaient à s'échapper. Ils trouvaient refuge dans les montagnes environnantes, dans les cirques et recréaient un semblant de vie, qui, même difficile, était plus douce que les mauvais traitements et humiliations qu'ils subissaient chez les maîtres. Ils cultivaient pour se nourrir, se regroupaient en îlets (hameaux) bien cachés dans des endroits difficilement accessibles, comme on peut l'imaginer en voyant l'Ilet à Cordes. Beaucoup de lieux, de sommets...portent le nom de certains de ces esclaves : Anchaing (le piton de Salazie), Mafate (le cirque), Cimendef et Dimitile (des montagnes)...

D'autres fuyards formaient des bandes et organisaient de véritables razzia vers les fermes des Blancs. Cela déclencha la chasse aux esclaves "marrons" comme on les appelaient. Ces expéditions étaient impitoyables. Les esclaves repris étaient sévèrement punis : amputés, marqués au fer rouge et à la troisième tentative, exécutés.

Le 10 mai 2006, fut, en France, la première journée commémorative du souvenir de l'esclavage et de son abolition.

 

Pour la galerie de Villèle

CLIC

 
Créé le 19/09/2002
Modifié le 17 septembre, 2012

La Réunion2002-2012 Mireille Jeanjean Les textes et les photos édités sur ce site sont la propriété de l'auteur....
Lisez, regardez et pour toute autre utilisation, contactez-moi.MERCI !
contact